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L'association Ciné Rencontres est née avec les sept salles du nouveau cinéma de Vierzon, Ciné Lumière, en juin 2005, construites dans une ancienne usine de matériel agricole, la Société-Française. 
Le but  de Ciné Rencontres est d'encourager l'accès à la culture cinématographique et d'une manière générale de promouvoir le cinéma de qualité par le biais de rencontres et de manifestations. Ciné Rencontres est donc née de la volonté de Francis Fourneau, le directeur de Ciné Lumière et de Joël Hallier, le président-fondateur. Depuis sa création, Ciné Rencontres reçoit, à Vierzon, des professionnels du cinéma, des acteurs (trices) aux réalisateurs (trices) et organisent régulièrement des soirées-débats autour de films d'actualité.

Voici les tarifs d'adhésion

Membre actif : 10 euros; (lycéens : 5 euros); adhésion pour un couple : 15 euros; membre bienfaiteur : 50 euros.

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Moisan raconté par Moisan pour une interview d’éditeur.

 

Je suis né en 1907, le 26 novembre, sagittaire et forgeron. Du côté de mon père, je serais plutôt signe d’eau, puisqu’ils étaient navigateurs.

Alors 1907. Très jeune j’ai vécu à Bourges, mais ensuite mon père…Mon père était un homme qui descendait de Bretagne par la chimère, un peu. Il était assez chimérique. C’était un homme extrêmement intelligent, cultivé dans un certain nombre de domaines, par exemple je l’ai toujours vu lire des auteurs comme Victor Hugo. Il était marqué par une certaine tendance à considérer que les idées de gauche étaient meilleures à l’époque. Il était aussi un peu anticlérical, ce qui n’arrangeait rien.

 

Il n’était pas Breton complètement, il était né à Fourchambault. Son père était un homme qui travaillait dans les forges de Fourchambault. Mon père n’était pas du tout catholique pratiquant. Ma mère avait fait quelques concessions.  Évidemment, il y avait eu le mariage à l’église, j’ai été baptisé, mais mon père n’était pas d’accord avec ces idées-là. Il était libre-penseur.

Sans méchanceté, d’ailleurs, sans violence, mais il était libre-penseur. Il lisait Victor Hugo comme beaucoup de gens.

 

À partir de 1907 j’ai vécu dans l’ignorance complète de tous les événements sociaux qui pouvaient se passer, revanchard et autres, parce que j’étais trop jeune. Je me suis trouvé dans un petit village à côté de Bourges, qui s’appelait Asnières les Bourges. Un village assez curieux, extrêmement humide. On ne pouvait pas sortir en hiver sans avoir d’énormes sabots qui collaient à la boue. Il y avait une boue extraordinaire dans ce village. Il y avait bien des cantonniers, mais ceux-ci, dès que le temps devenait mauvais, restaient chez eux. Si bien que ce village était réellement un bourbier.

Il était peuplé moitié de protestants et moitié de catholiques, ce qui est une chose étrange. Et il y avait eu des mariages consanguins à cause de la religion qui les séparait et ils ne se fréquentaient pas. Ce n’était pas l’Irlande mais c’était déjà quand même quelque chose.  Et puis jamais je n’ai vu de gens déformés comme dans ce village. Je vivait dans la Cour des Miracles. Je trouvais que cette cour des miracles était, mon dieu, amusante, et puis après tout il n’y avait pas que les gens du village, il y avait également les animaux, et je suis rentré en contact avec les animaux de façon immédiate et directe. Même avec les insectes. Je me suis régalé de tout ce que j’ai vu vivre dans la nature. Comme ma mère avait été institutrice, tout au moins elle avait les diplômes pour enseigner, j’eus le droit de ne pas aller à l’école, alors si bien que je n’y suis pas allé jusqu’à l’âge de treize ans. Je me suis formé exactement une sorte de culture très en marge, dans la nature. J’ai étudié les insectes. J’ai passé quelquefois une heure sur cinquante centimètres carrés d’herbe pour regarder ce qui se passait la dedans. Je voyais des choses étonnantes. Des insectes vivant leur vie grouillante, ça m’intéressait. Et ce qui m’intéressait également c’était les plantes… C’était la nature. J’ai vécu comme ça. J’adorais les animaux, j’étais de pleins pieds avec eux, beaucoup plus qu’avec les petits paysans du coin avec lesquels je me battais parce qu’ils martyrisaient les bêtes. Et je me suis battu seul contre eux, je ne sais combien de fois, avec des pierres, des mottes de terre, avec n’importe quoi,  pour essayer de sauver un criquet par exemple, parce que le criquet était en danger. Alors je me suis battu

Je ne puis donc pas dire que j’ai gardé de l’amitié pour ce village là, que d’aucun pourrait considérer comme mon village. Pour moi c’était le purgatoire, et je préfère l’enfer : l’enfer de l’école. Et c’est précisément là que j’ai connu l’enfer. Ce qui valait quand même mieux et ce que j’ai trouvé plus agréable. Alors là j’ai été, à l’age de treize ans, l’individu qui était exactement la bête malfaisante pour l’instituteur. Comme j’avais un certain âge, et puis que, mon Dieu, je dessinais déjà. Parce que je dois quand même revenir au dessin, si c’est possible. J'ai commencé à dessiner à l'âge de trois ans, et je n'ai pas arrêté. Et dans ce village, je ne faisais que ça, dessiner et regarder la nature. J’ai même fait des expositions dans ce village. Mes parents habitaient une petite place, Rue de la Gare, et j'avais une fenêtre. Alors en hiver, quand il faisait extrêmement froid, et que je ne sortais pas parce que j'étais fragile, J’avais des bronchites, je mettais sur les vitres des dessins pour mes petits camarades, qui étaient plus solides que moi, et qui étaient dehors, qui regardaient cette exposition peu banale.

À treize ans je suis allé dans un cours supérieur à Bourges. J'avais commencé au lycée, mais je n'y suis resté que trois jours ! Je suis allé dans le cours supérieur d'une école, parce que j’avais treize ans. J'étais exactement le canard dans la volière. D'abord je suis arrivé en retard, je savais à peine écrire, je ne connaissais pas l'orthographe. Je savais dessiner, ça c'est exact, j'écrasais tout le monde pour le dessin. C'est un peu pourquoi on m'avait admis. Bon. Alors, l'instituteur me considérait comme un gêneur, et il m'encaissait mal.

 

J’étais très curieux, étant donné qu'il fallait que je commence à faire de l'algèbre. Inutile de dire que pour moi l'algèbre, ce n'était pas quelque chose de pas très connu, mais je me suis trouvé un jour dans un cas assez curieux. L'instituteur nous raconte une histoire, lis une histoire, celle d'un conquérant de l'Amérique du Sud, Vasco de Gama, je crois, si mes souvenirs sont exacts. Il lisait à la grande attention de toute la classe un compte rendu de cette histoire dans un livre de classe. Un compte rendu d'ailleurs généralement assez connu.  Vasco de Gama, disait notre instituteur, voyait souffrir ses amis autour de lui, qui étaient sur des charbons ardents, on les martyrisait, et Vasco de Gama s'adresse à ses compagnons et dit: « Et vous savez ce qu'il dit ?» Et moi je lève le doigt. Il me dit : « Moisan ”». Je me lève, et je dis : « Et moi, suis-je donc sur un lit de roses ? — Asseyez-vous ! » Je lui avais gâché son effet. Il ne pouvait pas savoir que moi je le savais, parce que j'avais fait jusque-là des études absolument absurdes, et que je savais cela par cœur,  ça ne pouvait pas marcher

Bref… tout de même, je m'en suis très bien sorti.

En définitive je suis entré dans une école qui est maintenant un lycée technique, qui s'appelait à l'époque l'Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon, où j'ai passé quatre ans comme interne, dans des conditions très dures, parce qu’ à l'époque dans ces écoles-là, ce n'était pas la discipline des lycées de maintenant, c'était les brimades, dues non pas seulement aux maîtres, les maîtres s'en désintéressaient un peu, ils faisaient leur métier, c'est tout, mais les élèves ...

C'étaient les Arts et Métiers de l'époque, c'est-à-dire 1922, 1923, alors c'était très dur. J'ai vécu là-dedans assez malheureux. Mais enfin j'y ai fait quand même des études, parce que ça m'intéressait, des études brillantes.  On voulait absolument me présenter aux Arts et Métiers parce que j'étais le premier de toute la promotion,

Mais moi je me destinais au dessin, un peu contre la volonté de mon père, qui voulait faire de moi un ingénieur, ce qui aurait été peut-être sa revanche d'ouvrier, c'est pour cela qu'il m'avait mis dans cette école.  Il a su par le directeur que j'étais - je le dis en toute modestie - l'élément le plus brillant de ma promotion. Je distançais tout le monde. J'avais appris très vite, en trois ans j'avais tout assimilé, j'avais dépassé tout le monde.  C'est là où d'ailleurs - je fais un aparté - c'est idiot de bourrer des gosses très jeunes. Il faut les laisser vivre ! Je suis en tout cas un exemple ! J'ai commencé à apprendre à l'âge de douze ans et demie, treize ans, et j'avais dépassé tout le monde à l'âge de quatorze ans !

J'étais le premier de ma promotion et l’on voulait donc me faire faire les Arts et Métiers parce qu'on disait voilà un élément brillant ! Mais moi je voulais faire les Beaux Arts, et l'école de céramiques de Sèvres que voulait me faire faire mon père. Mais déjà à l'époque, l'école de céramique de Sèvres où l’on formait des ingénieurs céramistes. je sentais que la céramique était condamnée. C'est d'ailleurs exactement ce qui s'est passé.  La céramique, la vraie. Il n'y a pas une usine qui peut embaucher un ingénieur céramiste. Ce n'est plus possible. On tombe donc dans l'artisanat.  Mais alors à ce moment-là, ça n'entrait pas non plus dans les vues de mon père.

 

Alors moi j’ai rompu tout cela, je suis sorti de l'Ecole Professionnelle de Vierzon. Je suis venu à Paris, avec l'accord de mon père tout de même, désespéré mais consentant. J'ai passé l'examen d'entrée à l'Ecole des Beaux Arts et l'examen d'entrée à l'école des Arts décoratifs, et c'est là que j'ai ommencé réellement à travailler dans les buts que j'avais envisagés.

 


 

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Par cinerencontresvierzon
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